Nightmare factory petit éloge de l'incongru
Le cerveau est un petit malin, qui carbure à plein régime jour et nuits.
Même pendant le sommeil il déverse un flot d'images, d'idées, d'histoires.
Mais semble t-il que notre conscience ne soit volontairement pas conviée à ce spectacle.
En effet, comme nous rêvons chaque nuit, nous devrions nous en souvenir.
Pendant la nuit, le cerveau produit machinalement des songes, c'est comme si il entretenait la machine, une sorte de purge, de vidange
pour attaquer dès le lendemain une nouvelle journée. (Lorsque j'étais petite je croyais que ça s'écrivait "vie d'ange",
ainsi l'intervention du garagiste offrait à la voiture une vie éternelle) [ Je voulais aussi être "sirène quand je serai grande", mais bon ça c'est autre chose.]
Quand le sommeil est atteint, le cerveau met alors en branle le mode nettoyage automatique.
Nettoyage ne veut pas dire destruction des donnée, c'est juste une sorte de grand rangement,
où il remet les choses antérieurement acquises à leurs places.
Il met nos sentiments, nos pensées, nos émotions dans des tiroirs pour laisser la place aux nouvelles données du lendemain.
Il organise.
Comme le nettoyage de l'appareil dans les aéroports, ou la mise au propre des salles de cinéma avant la prochaine séance, tout doit être
fait dans la plus grande discrétion, comme si ce travail de fourmi ne devait pas être vu.
Le voyageur, le spectateur ne doit — ou ne veut — pas être conscient de ces interventions.
Il en va de même pour l'individus rêveur.
Le cerveau s'active et fait de son mieux pour organiser, classer, interpréter et faire au plus vite avant que nous nous réveillons.
Mais parfois tout ne se déroule pas comme ça.
En effet, il arrive que notre conscience en ait décidé autrement et préfère jeter un oeil sur cette ruche en ébullition qu'est notre cerveau.
Et c'est à nos risques et périls que nous nous glissons au beau milieu de ce remue-ménage.
Il est parfois plaisant d'être spectateur non désiré de ce processus, mais il l'est parfois moins.
On peut alors dire que nos rêves ne nous sont pas destinés, et que lorsque l'on s'en souvient,
c'est une prise de conscience accidentelle, un bug dans le mécanisme bien huilé.
Ou bien on peut aussi penser que nos rêves nous appartiennent mais qu'il n'est pas aisé d'y accéder.